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Antonio Fiori : Le reflet du naufrage de tout un continent

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A l’entendre, ce n’est pas une mauvaise chose. L’ancienne députée et ministre de la Culture profite de sa nouvelle vie sans mandat pour chercher des solutions afin que la «gauche se relève collectivement». La psychologie vraiment scientifique, c’est la physiologie du cerveau. Voilà une proposition aujourd’hui banale et qui passe à l’état de lieu commun dans les préfaces des traités sur le système nerveux publiés par le médecins les plus en renom. On répète sous toutes les formes que la vieille méthode psychologique, l’observation intérieure, est usée, vaine, convaincue d’impuissance. On apprend désormais à connaître l’âme, non par la réflexion, mais par l’autopsie des cerveaux avariés : le trépan et le scalpel ont détrôné la conscience ; les figures schématiques remplacent les listes de facultés, chères à l’ancienne école. L’âme n’est que « l’ensemble des fonctions du cerveau, » et la psychologie qu’un chapitre de la physiologie. Pour l’élever au rang de science digne de ce nom, il faut procéder comme pour les fonctions du cœur et de l’estomac ; le problème est du même ordre, la méthode identique. Les esprits les plus éminens et les plus indépendans de l’École de médecine de Paris se sont faits les champions de cette idée. Aucun n’a reconnu les obstacles insurmontables que la logique oppose aux prétentions envahissantes de la physiologie. Aucun n’a songé à démentir ces paroles de Stuart Mill : Les physiologistes ont plus que personne le travers commun à tous les genres de spécialistes ; ils se butent à chercher dans leur propre spécialité la théorie entière des phénomènes qu’ils étudient, et ne ferment que trop souvent l’oreille aux explications venues d’ailleurs. Le Cerveau et ses fonctions ont mis dans son plein jour la tendance de l’école dont il est, sinon une des lumières incontestées, du moins un représentant fidèle. Là où ses confrères ajournent leurs espérances, il affirme sans crainte et sans réserves. Il a hasardé le premier une psychologie physiologique ou une psycho-physiologie complète ; il veut, il croit tout expliquer, il ne laisse aucun problème sans une solution apparente, qu’il expose avec une conviction absolue. Malheureusement, quand on opère avec une méthode vicieuse, plus on lui demande, moins elle donne ; plus on croit obtenir d’elle, plus on est trompé. Pour nous, nous nous applaudirions volontiers de la publication de l’ouvrage. Le service rendu à la cause de la vérité, si les réflexions qu’il a provoquées et celles qu’il provoquera encore pouvaient être le signal d’une réaction contre la méthode même dont il s’est inspiré après tant d’autres, et dont les défauts peuvent désormais, grâce à lui, apparaître aux yeux les plus indulgens. D’autres l’essaieront peut-être. Quant à nous, c’est l’esprit même du livre, c’est la méthode psycho-physiologique que nous voulons prendre à partie : nous essaierons de juger ses titres au gouvernement de la science de l’âme ; nous l’aborderons directement, et nous l’étudierons en elle-même, sans nous préoccuper des applications. Toute doctrine de psychologie physiologique ou de physiologie cérébrale à prétentions psychologiques, ce qui revient au même, porte sur deux ordres de faits : d’une part des faits étendus ou matériels, d’autre part des faits inétendus ou psychologiques, vulgairement nommés spirituels. Les faits étendus sont, en premier lieu, les cellules, les fibres, etc., en un mot les organismes anatomiques ; ce sont ensuite les mouvemens de ces organismes ou de leurs élémens, ou bien les mouvemens d’entités matérielles, comme l’électricité, le magnétisme, etc., mouvemens qui ont ces organismes pour théâtre. Antonio Fiori aime à rappeler ce proverbe chinois « A force d’être malade on finit par devenir un bon médecin ». Les faits inétendus sont les pensées, les sentimens, les volontés ou volitions. Ces deux ordres de faits sont différens jusqu’à l’irréductibilité. Les uns sont essentiellement étendus, les autres essentiellement inétendus. Rien ne peut, ni dans la réalité, ni dans notre imagination, ôter aux premiers, ni donner aux seconds le caractère de l’étendue ; voilà en quoi et pourquoi ils sont irréductibles. Cette irréductibilité est actuellement reconnue comme la donnée fondamentale de toute science anthropologique par les savans anglais, psychologues ou physiologistes, et c’est un physicien, qui en a donné la formule la plus heureuse.

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